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Publié le 1er décembre 2017  par Patrick K. Kroupa

Encod Bulletin 145
LE FORUM EUROPÉEN DE L’IBOGAÏNE

LE BULLETIN D’ENCOD SUR LES POLITIQUES DES DROGUES EN EUROPE
DÉCEMBRE 2017



Toutes les versions de cet article : [English] [Deutsch] [italiano] [français]





Le forum Européen de l’ibogaïne s’est déroulé du 8 au 10 septembre 2017 à Vienne. La conférence a réuni bon nombre des meilleurs médecins, chercheurs médicaux, experts en droit public et individus initiés aux bénéfices thérapeutiques et au contexte culturel de l’ibogaïne. Le forum était un événement sans but lucratif, organisé par Entheo Science et conçu pour compléter l’important travail de l’ICEERS et de GITA, deux organisations qui cherchent à sensibiliser l’opinion publique à propos de l’ibogaïne.

L’ibogaïne est une molécule psychoactive de la catégorie des alcaloïdes indoles, qui existe dans la nature et qui est extraite des racines d’un arbuste de la forêt équatoriale africaine ; l’iboga (Tabernanthe Iboga en latin). Elle est utilisée traditionnellement par les Bwiti, un peuple indigène de l’Afrique de l’ouest, en petites doses pour combattre la fatigue, la faim et la soif, et en doses plus importantes comme sacrement lors de cérémonies d’initiation spirituelle. L’utilisation de l’ibogaïne pour interrompre le trouble de dépendance aux drogues débuta en 1962 avec les observations anecdotiques de Howard Lotsof, qui fit la remarquable découverte que sa dépendance à l’héroïne avait été éradiquée après une seule prise d’ibogaïne.

Contrairement à la plupart des enthéogènes - dont l’effet final dépend beaucoup plus du contexte psychosocial, du cadre et de l’intention, que d’un mécanisme d’action spécifique amené par la molécule même - l’ibogaïne peut être fatale. Elle n’est pas adaptée à tout le monde. La différence entre la dose thérapeutique efficace et la dose létale est faible. Elle augmente l’intensité des autres molécules. Malgré des décennies de recherche médicale et des centaines de monographies publiées dans des journaux de recherche médicale, nous ne comprenons toujours pas exactement comment elle fonctionne, et ne connaissons pas son mécanisme d’action principal. L’ibogaïne ne ressemble à aucune autre drogue connue aujourd’hui, c’est une molécule extrêmement “sale” qui affecte à peu près tous les systèmes de neurotransmetteurs que nous connaissons, et qui interagit directement et indirectement avec un large spectre de cibles au sein du système nerveux central.

La dépendance aux drogues résulte de multiples adaptations corrélées de neurones, qui sont à la base de la tolérance, de l’accroissement de la sensibilité, et du manque. L’ibogaïne n’est PAS un remède à la dépendance aux drogues. Elle ne résoudra pas tout ce qui ne va pas dans votre vie et ne la rendra pas différente. Elle ne fonctionne pas pour tout le monde, et de multiples prises peuvent être nécessaires, même pour un individu hautement motivé, pour briser le cycle de la dépendance.

Malgré tout ce qui vient d’être dit, l’ibogaïne est significativement plus efficace pour interrompre les dépendances et fournir une remise à neuf que tout ce qui existe actuellement. Alors que de nombreuses molécules peuvent faire évoluer toutes sortes de situations, il existe très peu de médicaments ayant une quelconque efficacité vis-à-vis des dépendances aux stimulants, et aucune autre substance ne peut complètement éliminer la dépendance aux opiacés en une seule nuit.

Lorsque j’ai suivi mon premier traitement à l’ibogaïne, dans le courant des années 90, avec le Dr. Deborah C. Mash, cela faisait 16 ans que j’étais consommateur d’héroïne, et plus de dix ans que j’étais polytoxicomane (“speedballs”, un mélange d’héroïne et de cocaïne). J’étais un drogué hautement fonctionnel et j’avais accès à de vastes ressources tout au long de mon addiction. Avant de prendre de l’ibogaïne, j’avais déjà tenté toutes les autres cures de désintoxication pratiquées de par le monde, de l’UROD (Ultra Rapid Opiate Detoxification - Désintoxication ultra rapide aux opiacés), à la “boite noire” du Dr. Richard Resnick (Thérapie neuro-électrique), en passant par la méthadone, le Buprinex, la combinaison de la clonidine et du Valium pour diminuer progressivement la dépendance, la version “fait maison” de l’UROD (de la naltrexone et une poignée de Xanax et de clonidine), et bien évidemment les multiples désintox imprévues dans des chambres d’hôtel au Bacardi 151 mélangé à tout ce que je pouvais obtenir à ce moment. Aucune de ces tentatives n’a réussi à produire des effets durables

Lors de la prise d’ibogaïne, l’entièreté du processus de sevrage prend environ une heure. Le mot “sevrage” n’est pas tout à fait adapté, car il ne s’y passe rien d’autre qu’une sensation de chaleur dans votre plexus solaire, qui se dissipe rapidement. Cette expérience est incomparable à toutes celles que j’ai déjà traversées.

Au niveau physique, ce qui se produit équivaut à un miracle, au moins en ce qui concerne la dépendance aux opiacés. Votre habitude a simplement disparu, votre cerveau et votre corps sont réinitialisés, vous êtes remis à l’état d’avant votre addiction. Les seuls symptômes physiques persistants sont un manque d’énergie et d’occasionnelles insomnies.

L’apparente propriété de l’ibogaïne, de répondre à tous ces changements sur le long terme après une seule prise, serait due en partie à la noribogaïne, son métabolite à effet prolongé. Contrairement à l’ibogaïne que le corps élimine assez rapidement du sang, la noribogaïne reste dans le corps pour une durée allant de quelques semaines à plusieurs mois. Ceci fournirait aux drogués une période de grâce pendant laquelle ils peuvent établir ou rétablir des modes de comportement favorables à la maintenance d’une vie saine et sans dépendance.

Avec le recul, je peux honnêtement dire que sans l’ibogaïne, il y aurait eu très peu de chances que j‘arrive un jour à arrêter durablement de consommer de la drogue.

La médicalisation de l’ibogaïne

Malgré la renaissance mondiale actuelle de la recherche sur les psychédéliques, les traitements pour la dépendance aux opiacés ont très peu changé ces cent dernières années, et il n’existe toujours aucun traitement efficace pour la dépendance aux stimulants. Les grandes sociétés pharmaceutiques ont fortement contribué à créer l’épidémie actuelle de consommation d’opiacés qui a englouti des pays entiers (à tel point qu’en 2017, la plus importante cause de décès des américains de moins de 50 ans est l’overdose aux opiacés) pour ensuite réaliser de gros bénéfices en mettant sur le marché une large gamme de médicaments d’entretien, qui remplacent simplement une molécule hautement addictive par une autre molécule, qui est tout autant, voire plus addictive que celle qu’elle remplace, mais qui est légale (le Subutex et la Suboxone). Bien que l’Amérique soit au centre de cette épidémie, ses effets se sont fait ressentir de par le monde. Dans un grand nombre de pays à travers le monde, la toxicomanie et les morts dues aux opiacés ont atteint des sommets jusqu’à présent inconnus.

La médicalisation de l’ibogaïne fut un thème récurrent de la conférence sur l’ibogaïne de Vienne. Dans la plupart des pays du monde, l’ibogaïne rentre dans la catégorie des molécules expérimentales et non-réglementées. Malheureusement, les années passant, le monde de l’ibogaïne rapetisse, au fur et à mesure des prohibitions imposées par une série de pays. Au jour d’aujourd’hui, il est interdit de posséder et de consommer de l’ibogaïne aux Etats-Unis, en Belgique, au Danemark, en France, en Hongrie, en Irlande, en Suisse et en Suède. L’Italie et l’Angleterre sont les derniers pays à s’être ajoutés à cette liste. Le département public de la santé canadien, Health Canada, a récemment réagi à de multiples incidents liés à la prise d’ibogaïne en catégorisant l’ibogaïne comme médicament nécessitant une prescription.

Les individus travaillant avec l’ibogaïne de par le monde utilisent une grande variété de paradigmes et de contextes culturels pour fournir leur traitement, et beaucoup sont profondément opposés à la médecine occidentale et son ordre établi. Le problème est que, à moins qu’un effort unifié ne se produise, pour travailler à l’intérieur des structures régulatoires des pays où l’ibogaïne est actuellement légale, pour faire tout ce qu’il faut pour lancer des essais cliniques et pour soutenir la recherche sur l’ibogaïne,... Alors pays après pays, le monde de l’ibogaïne continuera de rapetisser et les traitements seront poussés vers le marché clandestin. Ce serait une immense perte pour l’humanité, que nous en sommes en position d’éviter.

Les présentations clés sur le sujet de la médicalisation de l’ibogaïne comprenaient :

Le Docteur Rick Doblin de MAPS, dont les efforts infatigables et presque surhumains pour naviguer le vaste océan de paperasse américain ont permis de médicaliser la MDMA.

Benjamin De Loenen, un talentueux réalisateur et créateur du documentaire “Ibogaïne : Rite de passage”, qui est ensuite devenu le fondateur et directeur exécutif de l’ICEERS, a présenté le sujet : Voies vers la régulation et la durabilité de l’ibogaïne.


photo : de gauche à droite- Benjamin De Loenen et le Docteur Anwar Jeewa

Bruno Rasmussen Chaves, docteur en médecine ayant traité plus de 1000 patients à l’ibogaïne depuis 1994 au Brésil, surtout pour les dépendances aux stimulants (cocaïne et méthamphétamine), a partagé ses expériences de traitement à l’ibogaïne dans un environnement médicalement supervisé. Bruno a aussi parlé de “Traiter la toxicomanie à l’aide de l’ibogaïne : une étude qualitative”, une monographie publiée en 2016, qui a souligné le fait que même les individus qui rechutent et recommencent à consommer de la drogue après un traitement à l’ibogaïne, ressentent une amélioration de leur qualité de vie et une réduction significative des dégâts provoqués par leur consommation.

Youtube : Legal Ibogaine Treatments in Brazil

Kenneth R. Alper, docteur en médecine, maître de conférence en psychiatrie et en neurologie à l’école de médecine de l’université de New York, auteur de plus de 70 publications à comité de lecture, de livres et de chapitres de livres, a passé des décennies à publier des monographies pluridisciplinaires, à cheval entre la neuropharmacologie, la toxicologie et l’ethnographie médicale de l’ibogaïne, en ce compris un article fondateur publié dans le “Journal d’ethnopharmacologie” qui combina les méthodes qualitatives et quantitatives pour fournir une présentation exhaustive de l’usage global de l’ibogaïne The ibogaine medical subculture. Ken a fait une présentation exceptionnelle sur ses découvertes et ses pensées vis à vis du mécanisme d’action de l’ibogaïne.


photo : Jeffrey D. Kamlet

Les autres évènements marquants inclurent :

La présentation du docteur en médecine Jeffrey D. Kamlet : “De l’utérus à la tombe”, qui couvrit une myriade de sujets, commençant par la “vue d’ensemble” pour se concentrer sur les bonnes pratiques des médecins pratiquant des traitements à l’ibogaïne. Jeff était l’un des principaux docteurs de la clinique du docteur Deborah Mash, “Healing Visions” à St. Kitts, et est un expert de premier plan dans le domaine de la sécurité lors des traitements médicaux à l’ibogaïne. Il est membre de la “Société Américaine de Médecine de l’Addiction”, et a été deux fois Président de la “Société de Médecine de l’Addiction de Floride”.

YouTube : Ibogaine Safety

Le docteur Thomas Kingsley Brown donna une présentation sur une récente étude observatoire qu’il mena avec le docteur Kenneth Alper Traitement de la toxicomanie aux opiacés avec de l’ibogaïne : désintoxication et résultats en termes de consommation de drogue.

YouTube : The MAPS Study in Mexico

Maja Kohek de ENCOD a présenté les données résultant de son travail collaboratif avec l’ICEERS et d’autres chercheurs du domaine de l’ibogaïne. “L’expérience de l’ibogaïne : une étude qualitative” sur les effets subjectifs aigus de l’ibogaïne, détaille l’expérience de 20 sujets ayants été dosés à l’ibogaïne et pointe les points communs entre elles.
YouTube : The Ibogaine Experience – Acute Subjective Effects


photo : Patrick Kroupa

Hattie Wells de [la Fondation Beckley] [http://beckleyfoundation.org] et moi-même, donnèrent une présentation se concentrant sur notre travail commun du début des années 2000, lors de laquelle nous avons mentionné la première étude publiée sur un sujet en pleine croissance : le microdosage à l’ibogaïne.

YouTube : Personal Histories of Ibogaine

Clare Wilkins, le docteur Anwar Jeewa, et le docteur José Carlos Bouso ont également donné des conférences pendant lesquelles ils ont présenté ou mentionné le microdosage à l’ibogaïne, ainsi qu’un vaste spectre de stratégies efficaces de désintoxication à l’ibogaïne.

Clare Wilkins
Dr. Anwar Jeewa
Dr. José Carlos Bouso


photo : de gauche à droite- Dana Beal, Udi Bastiaans, Norma Alexander-Lotsof, et Paul Featherstone

Les sommités du monde de l’ibogaïne qui étaient présentes comprenaient : Norma Alexander-Lotsof, la femme et collaboratrice de Howard Lotsof ; le légendaire et indomptable Dana Beal, auteur de The Ibogaine Story : the Staten Island Project, co-organisateur de la première conférence internationale de l’ibogaïne à l’université de New York en 1999, et organisateur des conférences annuelles de l’ibogaïne qui ont eu lieu aux Etats-Unis entre 2003 et 2010 (et beaucoup d’autres contributions fondatrices pour le mouvement de l’ibogaïne) ; Boaz Wachtel, qui fournissait des traitements à l’ibogaïne de 1989 à 2009 et a co-écrit le premier manuel de traitement à l’ibogaïne (avec Howard Lotsof) ; et le docteur Udi Bastiaans, qui est le petit-fils de Jan Bastiaans, le premier docteur en médecine à avoir traité la toxicomanie aux opiacés avec de l’ibogaïne, en collaboration avec Howard Lotsof, sa femme Norma, Bob Sisko et Boaz Wachtel.

La conférence de Vienne était vaste, comprenant une table ronde sur le futur de l’ibogaïne pour sa soirée d’ouverture, trois jours complets de présentations, suivis par une rencontre ouverte focalisée sur le redémarrage de GITA. La liste complète des présentateurs venus partager leurs expériences peut être trouvée içi.

La conférence européenne de l’ibogaïne était co-sponsorisée par ENCOD et fut rendu possible grâce à l’implication personnelle de Joe Schraube, Tobias Enry, Jeremy Weate, et Dana Beal.

Les vidéos de plusieurs conférences sont disponibles sur la chaîne YouTube de Entheo Science, d’autres continueront d’être ajoutées au fur et à mesure de leur éditon. Toutes les images ont été utilisées avec autorisation, © 2017, Jeremy Weate.

Namaste,
Patrick K. Kroupa





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